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Poirier des jésuites (Maison François Baby / plaque Dieppe Gardens)

Un des premiers habitants européens de ce côté-ci de la rivière Détroit, le forgeron Charles Chauvin, va planter à proximité de la mission douze poiriers amenés de France symbolisant les douze apôtres de Jésus, les premiers missionnaires chrétiens partis convertir et évangéliser le monde. Les colons français vont graduellement venir s’établir autour de l’église et de la mission, leurs fermes étroites mais longues s’alignant dans un coude de la rivière Détroit situé entre la rivière Turkey Creek et la rivière aux Canards qui prendra le nom de Petite Côte.
Les arbres qu’on nomme “poiriers des Jésuites” sont des marqueurs fiables de la présence française dans la région du Détroit et ils témoignent de l’ancienneté de ce peuplement, tant du côté américain que canadien de la frontière internationale… La plupart des villages établis par les francophones à l’intérieur des comtés canadiens d’Essex et le long du lac Sainte-Claire révèrent [conservent] aussi quelques survivants qui fleurissent toujours sur leurs terres. Du côté américain du Détroit, où le développement industriel et économique a anéanti presque toutes les traces des origines françaises de la ville, on trouve quand même plusieurs beaux spécimens de cet arbre à Grosse-Pointe, au nord de Détroit, et à Monroe, au sud de la métropole américaine… Bien que les poiriers d’aujourd’hui ne semblent pas atteindre les tailles gigantesques attestées par les sources historiques, ils peuvent toutefois atteindre des dimensions impressionnantes. Un exemplaire vénérable situé près de Harrow,
en Ontario, dont on estime l’âge à plus de 200 ans, s’élève à 12 mètres et dispose d’un tronc mesurant 5,7 mètres de circonférence. D’autres spécimens canadiens, à Windsor et dans le village de Rivière-aux-Canards, s’approchent de ces dimensions épiques. En dépit d’un âge et, parfois, d’une décrépitude fort avancée, la plupart de ces arbres continuent à produire
d’année en année une grande quantité de petites poires sucrées et légèrement épicées. Les fruits plutôt ronds que piriformes mûrissent à la mi-août… la taille énorme de ces arbres rend la cueillette des fruits extrêmement difficile. De plus, ce fruit traditionnel s’éloigne considérablement de l’image courante d’une poire pour les consommateurs contemporains
qui exigent un produit uniforme et de grosse taille…

Les sources des XIX e et XX e siècles s’entendent sur le fait que le poirier des Jésuites
constituait autrefois un des traits les plus frappants de la physionomie du Détroit. Selon le mémorialiste américain Bela Hubbard, qui écrit en 1887, chaque ferme française le long de la rivière Détroit possédait une quantité de poiriers. D’autres sources maintiennent que les arbres étaient toujours plantés en groupe de douze, pour représenter les douze apôtres. On décrit des spécimens extraordinaires atteignant plus de 20 mètres de hauteur et produisant de 40 à 60 boisseaux de poires chaque année. Plusieurs auteurs remarquent que les poiriers ressemblent plus à des chênes ou à des ormes qu’à des arbres fruitiers… [et que] les Français furent les premiers à cultiver des arbres fruitiers en Amérique du Nord et note[nt] d’ailleurs l’existence de poiriers semblables à ceux du Détroit dans les anciens peuplements francophones en Illinois, en Indiana et au Missouri… Dans tous les récits, le poirier sert de lien avec un lieu d’origine. Par exemple, lorsque François Navarre quitte Détroit en 1787
pour fonder un nouveau peuplement à Rivière-aux-Raisins (aujourd’hui Monroe, au Michigan), il s’assure d’amener dans sa sacoche de selle une quantité de petits poiriers qu’il plantera sur ses nouvelles terres et distribuera aux habitants de la nouvelle colonie…
La communauté francophone du Détroit a fait de ces arbres, dont l’existence est à la fois précaire et ancienne, menacée mais toujours vivante, le symbole vivant de l’enracinement français dans un des coins les plus éloignés et isolés du Canada français. Lors des Grandes Fêtes du tricentenaire de 2001, la ville de Windsor a reconnu officiellement la puissance de ce symbole en plantant trois poiriers au bord de la rivière Détroit, pour commémorer l’arrivée des premiers colons sur la rive sud du Détroit, en 1749, colons qui sont à l’origine de la communauté francophone située du côté canadien de la frontière. (Marcel Bénéteau,
“Poiriers des Jésuites”)
http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-159/Poiriers%20des%20J%C3%A9suites
https://www.citywindsor.ca/residents/culture/monuments/ancient-jesuit-pear-tree

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