Cavelier de La Salle
En 1679, Cavelier de La Salle remonte l’étroit corridor de la rivière qui relie le lac Erie au lac Huron sur son bateau le Griffon (une représentation se trouve au rond-point à l’entrée de la municipalité) et tombe sur un vaste lac le jour de la Sainte Claire. L’ensemble prendra le nom de région du “Détroit”.
“La terre et le pays qui sont à l’entour de cet agréable et charmant détroit sont de très belles campagnes” (Louis Hennepin, Nouvelle découverte d’un très grand pays situé dans l’Amérique, entre le Nouveau Mexique et la Mer Glaciale, Utrecht, 1697 / Amsterdam, 1698, p. 50)
“L’endroit de ce détroit est un pays très bien situé et d’un sol fort tempéré. Il est Nord et Sud. On le voit bordé de vastes prairies qui sont terminées par des côteaux pleins de vignes, d’arbres fruitiers, de bocages et de bois de haute futaie. Tout cela est distribué d’espace en espace et on dirait que ce sont autant de lieux de plaisance placés dans de belles campagnes. On y trouve quantité de cerfs, de biches, de chevreuils et d’ours peu farouches et très bons à manger, plus délicieux que le porc frais de l’Europe. On y trouve aussi des poules d’Inde et des cygnes en quantité… Le reste de ce détroit est couvert de forêts de noyers, châtaigniers, pruniers, poiriers et de vignes sauvages, dont nous fîmes un peu de vin. Il y a toutes sortes de bois propres à bâtir. Ceux qui auront le bonheur de posséder un jour les terres de cet agréable et fertile détroit, auront de l’obligation à ceux qui leur en ont frayé le chemin et qui ont traversé le Lac Erié pendant cent lieues d’une navigation inconnue”
(Louis Hennepin, Nouvelle découverte d’un très grand pays situé dans l’Amérique, entre le Nouveau Mexique et la
Mer Glaciale, Utrecht, 1697 / Amsterdam, 1698, p. 123-124)
https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3658103
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15246074/f9.double
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15246074/f79.double
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15246074/f134.double
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15246074/f206.double
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15246074/f208.double
Aussi, Louis Hennepin, Description de la Louisiane, nouvellement découverte au Sud Ouest de la Nouvelle France, Paris, 1683, p. 51-53
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8619666f/f7.double
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8619666f/f19.item
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8619666f/f70.double
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8619666f/f72.double
Lamothe Cadillac
Tout au long de cette période d’exploration, de nombreux voyageurs continuent à traverser la région à la recherche de fourrures. La région des Grands Lacs est riche en ce domaine et
ce ne sont pas seulement les Français qui s’y intéressent.

En plus, la région a une importance stratégique du point de vue militaire et les Anglais autant que les Français voient dans la région du Détroit un poste important pour qui voudra contrôler les Grands Lacs et la vallée de l’Ohio. En 1701, afin de sauvegarder les intérêts des Français et d’opposer les plans des Anglais au pays des Grands Lacs, le gouverneur de la Nouvelle- France décide de suivre les recommandations d’Antoine Laumet, sieur de Lamothe Cadillac, et d’établir une colonie permanent au Détroit. Donc en juin 1701, en compagnie de cinquante militaires et de cinquante colons, Cadillac part de Montréal avec une flottille de vingt-cinq canots pour se rendre au Détroit du lac Erié. Il arrive le 24 juillet et, dès le lendemain, commence la construction du fort Pontchartrain du Détroit, qui renfermera quelques maisons et entrepôts, ainsi qu’une chapelle. Cadillac invite plusieurs peuples
amérindiens à s’établir dans la région, parmi lesquels viennent les Poutéouatamis, les Hurons, les Outaouais et les Chippewas. Ces alliances servent à la fois à faciliter la traite des fourrures et à protéger la région contre les incursions des Anglais et des Iroquois…
En 1712,outre les soldats, seulement onze familles y demeurent, parmi lesquelles on retrouve les Campeau, les Janisse et les Réaume, noms qui sont encore bien représentés dans la région.
Mais à partir de 1730, le fort devient un centre important pour la traite des fourrures et aussi le quartier général pour bon nombre de voyageurs. Le commandant du fort encourage de nouveaux colons à s’établir dans la région. La population commence à augmenter, mais
toujours sur la côte nord de la rivière Détroit. (Marcel Bénéteau, “Les Français du Détroit: un
aperçu historique” in Le Sud-Ouest ontarien à la recherche de ses ancêtres, Belle-Rivière, Société franco-
ontarienne d’histoire et de généalogie. Régionale Windsor-Essex, 2001)
“Ses rives sont autant de vastes prairies, dont la fraischeur de ces belles eaux tient l’herbe tousjours
verdoyante. Ces mesmes prairies sont bordées par de longues et larges allées de fruitiers, qui n’ont
jamais senti la main soigneuse du jardinier vigilant, et ces jeunes et anciens fruitiers, sous le poids de la quantité de leurs fruits, mollissent et courbent leurs branches vers la terre féconde qui les a produits. C’est dans cette terre si fertile que la vigne ambitieuse, qui n’a pas encore pleuré sous le
couteau du laborieux vigneron, se fait un toit espais avec ses larges feuilles et ses grappes pesantes sur la teste de celui qu’elle accole et que souvent elle estouffe pour trop l’embrasser. C’est sous ces
vastes allées, où l’on voit assemblés par centaines le timide cerf et la biche craintive avec le chevreuil,
bondissant pour y ramasser avec empressement les pommes et les prunes dont la terre est pavée; c’est là que la dinde soigneuse rappelle et conduit sa nombreuse couvée pour y vendanger le raisin;
c’est là que viennent leurs masles, pour remplir leur fale large et gloutonne. Les faisans dorés, la caille, la perdrix, la bécasse, la tourterelle abondante, fourmillent dans le bois et couvrent les campagnes entrecoupées et rompues par des bouquets de bois de haute futaye, qui font une charmante perspective, laquelle seule peut adoucir les tristes ennuis de la solitude. C’est là que la main de l’impitoyable faucheur n’a jamais rasé l’herbe succulente, dont s’engraissent les bœufs lainés d’une grandeur et d’une grosseur excessives.
Les bois sont de dix sortes: de noyer, de chesne blanc, du rouge, du fresne batard, du sapin ou bois blanc et du cotonnier; mais ces mesmes arbres sont droits comme des flesches, sans noeuds et quasi
sans branches que par le haut bout et d’une grandeur prodigieuse; c’est de là que l’aigle courageux regarde fixement le soleil, voyant à ses pieds de quoy satisfaire sa main fièrement armée.
Le poisson y est nourri et baigné par une eau vive et cristalline, et sa grande abondance ne le rend pas moins délicieux. Les cygnes sont en si grand nombre, qu’on prendroit pour des lys les joncs, dans lesquels ils sont entassés. L’oye babillarde, le canard, la sarcelle et l’outarde y sont si communs, que je ne veux, pour en convaincre, que me servir de l’expression d’un Sauvage, à qui je demande, avant d’y arriver, s’il y avait bien du gibier: “Il y en a de tant, dit-il, qu’ils ne se rangent que pour laisser passer le canot”.
Peut-on croire qu’une terre sur laquelle la nature a distribué tout avec tant d’ordre sache refuser à la
main du laboureur, curieux de ses fécondes entrailles, le retour qu’il s’en sera proposé? En un mot, le climat y est tempéré, l’air épuré pendant le jour; il y fait un vent modéré, et, pendant la nuit, le ciel, tousjours serein, respand de douces et fraisches influences, qui font gouster la bénignité d’un tranquille sommeil. Si la situation en est agréable, elle n’en est pas moins importante, parce qu’elle ouvre et ferme la porte pour passer chez les nations les plus eloignées, et dont les vastes mers d’eau douce sont environnées. Il n’y a que les ennemis de la vérité qui soyent les ennemis de cet establissement si nécessaire à l’augmentation de la gloire du Roy, au progrès de la religion et à la destruction du trône de Baal”.
“Description de la rivière du Détroit par le sieur de Lamothe Cadillac, 8 octobre 1701” in Pierre Margry, Découvertes et établissements des Français dans l’ouest et dans le sud de l’Amérique septentrionale, vol. 5: Première formation d’une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724), Paris, 1887, p. 192-194
Petite Côte (LaSalle)
En 1749, inquiet à nouveau des activités des Anglais dans la vallée de l’Ohio, le Gouverneur Général de la Nouvelle-France décide d’augmenter la présence française dans la région du Détroit. Il fait lire dans toutes les paroisses du Saint-Laurent une proclamation promettant outils, animaux et graines de semence à tout homme qui ira s’établir au Détroit. Vingt-deux familles répondent à l’appel et quittent la vallée du Saint-Laurent. On leur accorde, ainsi qu’à quelques civils demeurant au fort, des terres sur la rive sud, situées entre le ruisseau de la Vieille Reine et la Rivière-aux-Dindes. On nomme cette nouvelle colonie la Petite Côte.
L’année suivante, la proclamation est lue de nouveau et encore une vingtaine de familles
viennent rejoindre la colonie. En 1751, des terres sont accordées à l’est de la mission des Hurons, cette fois-ci à des familles et à des militaires déjà établis au Détroit. Parmi eux, on retrouve les noms de Marentette, Janisse, Goyeau, Parent, Langlois -noms que nous pouvons encore lire sur les enseignes des rues débouchant sur la rivière. Ainsi est établie la première colonie européenne permanente en Ontario. Pendant les dix années qui suivent, de nombreuses autres familles émigrent de la vallée du Saint-Laurent, où la terre arable se fait de plus en plus rare… Les colons défrichent les terres selon leurs besoins, mais plusieurs ayant été voyageurs avant de s’établir ici, préfèrent continuer leurs activités traditionnelles de pêche et de chasse… Les terres, souvent basses et marécageuses, ne sont pas fertiles et sans un effort de drainage ne sont pas facilement labourables. (Marcel Bénéteau, “Les Français du Détroit: un aperçu historique” in Le Sud-Ouest ontarien à la recherche de ses ancêtres, Belle-Rivière, Société franco-ontarienne d’histoire et de généalogie. Régionale Windsor-Essex, 2001)
Cette division des terres a aussi influencé le développement économique de la Petite-Côte,
qui se développa assez tôt en un centre important de culture maraîchère. Les premiers colons pratiquaient surtout la traite des fourrures et ne s’intéressaient guère à l’agriculture; mais la culture des légumes, qui ne nécessitait pas le défrichage de grands terrains et qui –contrairement à l’élevage et aux cultures à grande échelle– laissait l’hiver libre pour la trappe et la chasse, s’intégrait bien au mode de vie des habitants. Le climat doux et la proximité du marché de Détroit ont par la suite encouragé le développement de la culture maraîchère. Avant l’avènement du marché global d’aujourd’hui, les “raves” (radis) de la Petite Côte étaient les premiers légumes de l’année sur le marché canadien; leur primeur et leur qualité étaient appréciées jusqu’à Toronto et New York… La colonie du Détroit fut aussi reconnue très tôt pour l’excellence de ses vergers, le climat doux s’avérant favorable à la culture des pommes, cerises et poires, pêches et coings. C’est pourquoi les francophones du Détroit ont développé plusieurs variétés de pommes… Les habitants du Détroit furent reconnus très tôt pour leurs vergers et leur production de cidre. Hubbard décrit les anciens moulins à cidre qui y existaient encore au début du XIX e siècle. Les traditions de trappe, de chasse et de pêche font également partie du patrimoine de cette communauté. Même au XX e siècle, plusieurs familles de la rivière Détroit apportaient un supplément important à leurs revenus grâce à la trappe des fourrures… À Monroe, Michigan, où se trouvait l’ancienne colonie de la Rivière-aux-Raisins, à l’entrée du lac Érié, les descendants d’habitants français se désignent toujours comme Mushrat French, en mémoire de l’occupation principale de leurs ancêtres qui consistait à piéger les rats musqués. On entend aussi ce terme –Mushrat French– pour désigner le parler français des deux côtés de la
rivière… Les traditions de pêche sont un autre lien qui rattache les francophones à la rivière Détroit. Quelques habitants de la Petite Côte pratiquent encore aujourd’hui une forme de pêche au dard sur la glace qui, selon la tradition orale, aurait été apprise des autochtones…
L’île à la Pêche a été baptisée ainsi en raison des anciennes poissonneries construites en ce
lieu. (Marcel Bénéteau, “Détroit comme lieu de mémoire francophone”).
[Trouver la ferme d’Oswald Pajot à Petite Côte (avec plaque), la plus ancienne ferme
ontarienne toujours exploitée par la même famille (1784)] Martin Lane, LaSalle?
http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article 300/Rivi%C3%A8re_D%C3%A9troit_comme_lieu_de_m%C3%A9moire_francophone.html
https://www.gettyimages.ca/detail/news-photo/ontario-tradition-oswald-and-pauline-pajot-own-
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