L’afflux de familles canadiennes françaises, dont plusieurs sont originaires de quelques villages sur la rive sud de Montréal, viennent grossir les établissements francophones du lac Sainte-Claire, dont la communauté de La Tranche installée depuis 1815 au nord de la rivière du même nom, qui devient connue sous le nom de Pain Court du nom des petits pains (en taille et en quantité) produits par le manque de grain et la farine moins fine utilisée en l’absence de moulin à proximité.
Les visites sporadiques des missionnaires venus de Sandwich, à plusieurs jours de carriole ou de charrette, ou le long trajet en bateau jusqu’à l’église Saint-Pierre-sur-la Tranche ne suffisant plus à combler les besoins du village grandissant. Celui-ci obtient sa propre paroisse et sa propre église, dédiée à l’Immaculée Conception en 1854 (elle sera détruite par les flammes vingt ans plus tard, à part pour une de ses cloches qui a survécu jusqu’à aujourd’hui). Pain Court obtient également un bureau de poste en 1860 mais le gouvernement refuse de lui donner le même nom, jugé trop francophone et trop catholique, préférant l’appellation de Dover South. Ce n’est qu’en 1911 que le nom de Pain Court est finalement officiellement accepté et reconnu, un an après l’arrivée du train électrique qui relie le village à Chatham, facilitant le transport des marchandises et faisant rapidement grimper la valeur des terres, reconnues pour la culture de l’orge et de la betterave sucrière (qui va alimenter l’usine de Chatham).
En 1917, à l’initiative du père Alfred-David Emery, curé et historien local en poste de 1911 à 1928, la communauté fait ériger sur le lieu même de la chapelle d’origine une monumentale sculpture en bronze représentant la crucifixion pour commémorer les 65 ans de la première messe célébrée à Pain Court en 1852 (on peut toujours la voir à l’entrée du cimetière). Deux ans plus tard, un autre monument en bronze, une statue du Sacré-Coeur achetée à Chicago, est installée sur le terrain de la nouvelle église (inaugurée en 1912 mais qui va elle aussi brûler en 1937) en remerciement pour la protection divine accordée lors de l’épidémie de grippe espagnole et de la Première Guerre mondiale, au cours desquelles aucun paroissien de Pain Court n’est décédé. L’éducation primaire en français à Pain Court est assurée par les Sœurs de Saint-Joseph à partir de 1923, puis par les Sœurs Grises de 1950 à 1972. L’enseignement secondaire bilingue pour les élèves francophones de la région de Chatham-Kent est offert dès 1928, peu après l’abolition du règlement XVII en 1927, et une école secondaire complète en français ouvre ses portes en 1937.




