Radio-Canada à Windsor n’est pas seulement celle d’une station. C’est celle d’une présence francophone qui a dû s’implanter, disparaître, renaître et se défendre pour exister. Une histoire qui commence dans les années 1930, au moment où la radiodiffusion publique cherche sa voix dans un pays immense.
1935. La Commission canadienne de radiodiffusion installe à Windsor la station CRCW, l’une des toutes premières radios publiques du pays. On y expérimente la diffusion nationale, on y teste le potentiel des ondes, encore fragiles mais prometteuses. En 1936, la Commission devient Radio-Canada. Le réseau se structure, s’étend, mais Windsor ne gardera pas longtemps son émetteur : en 1938, la station cesse d’opérer. Pendant plus de dix ans, la région reste sans présence directe du service public — un vide médiatique que seules quelques stations privées affiliées tentent de combler.
La radio publique y revient en 1950, cette fois sous le nom CBE (Canadian Broadcasting Corporation Essex County), marquant le grand retour d’un réseau national dans une ville frontalière exposée à l’influence dominante des ondes américaines. Mais un élément manque encore : la langue française. Ce n’est qu’au tournant des années 1970, dans un Canada transformé par la montée des revendications identitaires, que le paysage sonore de Windsor changera véritablement.
Le 18 mai 1970, la première station francophone de Windsor naît. Elle s’appelle CBEF. Sa portée technique est modeste, mais symboliquement, elle est immense : les francophones du Sud-Ouest ont enfin leur antenne. Les premières années sont expérimentales — effectifs réduits, programmation limitée — mais l’outil existe. On y diffuse des nouvelles locales, des entrevues, un reflet culturel qui, jusque-là, n’avait jamais trouvé haut-parleur.
Au fil des années, la station s’étoffe. Elle devient lieu de mémoire et d’expression, formatrice de générations d’auditeurs et de journalistes. Le passage à la télévision francophone (via rebond régional), l’ajout de réémetteurs FM, l’élargissement du territoire couvert — tout cela contribue à faire de Windsor un carrefour linguistique unique au pays : une radio francophone entourée presque entièrement d’anglais.
Mais l’histoire n’est jamais sans tension. En 2009, une annonce tombe : suppression de la production locale. Le choc est profond. Dans les écoles, dans les foyers, chez les organismes communautaires, on s’inquiète, on proteste. La radio n’est pas seulement un média — c’est un fil vital dans la continuité linguistique d’une minorité. La mobilisation porte fruit. Une année plus tard, une partie de la programmation locale revient. La voix francophone n’a pas disparu.
Aujourd’hui encore, CBEF diffuse, résiste, s’adapte. Grâce à l’ère numérique, à la bande FM, à l’engagement continu de sa communauté, la radio demeure un ancrage culturel dans le Sud-Ouest ontarien.
