En 1749, inquiet à nouveau des activités des Anglais dans la vallée de l’Ohio, le Gouverneur Général de la Nouvelle-France décide d’augmenter la présence française dans la région du Détroit. Il fait lire dans toutes les paroisses du Saint-Laurent une proclamation promettant outils, animaux et graines de semence à tout homme qui ira s’établir au Détroit. Vingt-deux familles répondent à l’appel et quittent la vallée du Saint-Laurent. On leur accorde, ainsi qu’à quelques civils demeurant au fort, des terres sur la rive sud, situées entre le ruisseau de la Vieille Reine et la Rivière-aux-Dindes. On nomme cette nouvelle colonie la Petite Côte. L’année suivante, la proclamation est lue de nouveau et encore une vingtaine de familles viennent rejoindre la colonie. En 1751, des terres sont accordées à l’est de la mission des Hurons, cette fois-ci à des familles et à des militaires déjà établis au Détroit. Parmi eux, on retrouve les noms de Marentette, Janisse, Goyeau, Parent, Langlois -noms que nous pouvons encore lire sur les enseignes des rues débouchant sur la rivière. Ainsi est établie la première colonie européenne permanente en Ontario. Pendant les dix années qui suivent, de nombreuses autres familles émigrent de la vallée du Saint-Laurent, où la terre arable se fait de plus en plus rare… Les colons défrichent les terres selon leurs besoins, mais plusieurs ayant été voyageurs avant de s’établir ici, préfèrent continuer leurs activités traditionnelles de pêche et de chasse… Les terres, souvent basses et marécageuses, ne sont pas fertiles et sans un effort de drainage ne sont pas facilement labourables. (Marcel Bénéteau, “Les Français du Détroit: un aperçu historique” in Le Sud-Ouest ontarien à la recherche de ses ancêtres, Belle-Rivière, Société franco-ontarienne d’histoire et de généalogie. Régionale Windsor-Essex, 2001)


Cette division des terres a aussi influencé le développement économique de la Petite-Côte, qui se développa assez tôt en un centre important de culture maraîchère. Les premiers colons pratiquaient surtout la traite des fourrures et ne s’intéressaient guère à l’agriculture; mais la culture des légumes, qui ne nécessitait pas le défrichage de grands terrains et qui –contrairement à l’élevage et aux cultures à grande échelle– laissait l’hiver libre pour la trappe et la chasse, s’intégrait bien au mode de vie des habitants. Le climat doux et la proximité du marché de Détroit ont par la suite encouragé le développement de la culture maraîchère. Avant l’avènement du marché global d’aujourd’hui, les “raves” (radis) de la Petite Côte étaient les premiers légumes de l’année sur le marché canadien; leur primeur et leur qualité étaient appréciées jusqu’à Toronto et New York… La colonie du Détroit fut aussi reconnue très tôt pour l’excellence de ses vergers, le climat doux s’avérant favorable à la culture des pommes, cerises et poires, pêches et coings. C’est pourquoi les francophones du Détroit ont développé plusieurs variétés de pommes… Les habitants du Détroit furent reconnus très tôt pour leurs vergers et leur production de cidre. Hubbard décrit les anciens moulins à cidre qui y existaient encore au début du XIXe siècle. Les traditions de trappe, de chasse et de pêche font également partie du patrimoine de cette communauté. Même au XXe siècle, plusieurs familles de la rivière Détroit apportaient un supplément important à leurs revenus grâce à la trappe des fourrures… À Monroe, Michigan, où se trouvait l’ancienne colonie de la Rivière-aux-Raisins, à l’entrée du lac Érié, les descendants d’habitants français se désignent toujours comme Mushrat French, en mémoire de l’occupation principale de leurs ancêtres qui consistait à piéger les rats musqués. On entend aussi ce terme –Mushrat French– pour désigner le parler français des deux côtés de la rivière… Les traditions de pêche sont un autre lien qui rattache les francophones à la rivière Détroit. Quelques habitants de la Petite Côte pratiquent encore aujourd’hui une forme de pêche au dard sur la glace qui, selon la tradition orale, aurait été apprise des autochtones… L’île à la Pêche a été baptisée ainsi en raison des anciennes poissonneries construites en ce lieu.(Marcel Bénéteau, “Détroit comme lieu de mémoire francophone”).
Trouver la ferme d’Oswald Pajot à Petite Côte (avec plaque), la plus ancienne ferme ontarienne toujours exploitée par la même famille (1784)
